

99 Francs
La révolution de notre cinéma, ça fait longtemps qu'elle est en marche, mais elle se ramasse dès qu'il faut entamer les derniers mètres. A croire qu'à force de copier les américains, on finisse par se gangrener nous-mêmes. Rares sont les films populaires de qualité, et rares sont les films de qualité populaires. Il nous fallait un choc, un sujet, un auteur, un nouveau testament. Et cette avec une joie à peine contenue qu'on peut enfin l'annoncer : 99 Francs a tout pour sauver le cinéma français !
Le film est une bénédiction, qui dézingue tout sur le passage. Le spectateur est chahuté, malmené, insulté (jusqu'à se faire éjaculer dessus dès la première bobine). C'est comme si Jan Kounen se permettait tout, à grands coups de phrases assassines, de cynisme mordant, d'un montage inspiré et d'une réalisation bluffante. Le Danny Boyle de Trainspotting qui copule avec le Fincher de Fight Club. Le résultat est constamment jouissif, libérateur. Le réalisateur se joue des codes (visuels, narratifs) pour une oeuvre somme, énorme, grandiose, fabuleuse. La fin est un modèle d'inventivité, aussi bien casse gueule que gonflé. Le film est un produit, et vous, spectateur, êtes un couillon sans cervelle. On passera encore sur la performance absolue d'un Jean Dujardin qui excelle encore plus de films en films, aidé il est vrai par une cohorte de seconds rôles extrêmement talentueux.
Le film est bien entendu à voir absolument, car à chacun de se faire sa propre idée, l'oeuvre ne pouvant laisser indifférent. Certains n'y verrons que esbroufe, d'autres se désoleront que Kounen glisse encore dans le trip shamanique dans une dernière partie en déca du déferlement orgasmique présenté jusque là. Mais on peut être sûr qu'il tiendra date dans l'histoire du cinéma français, une bombe nihiliste et jubilatoire, un peu comme Fight Club à la française (dont il tire d'ailleurs un de ses plans les plus célèbres).
Une réussite indéniable, pour un plaisir intense.